Diplomatie

Et si rompre avec le passé colonial est une simple opération de communication pour Macron?

Et si rompre avec le passé colonial est une simple opération de communication pour Macron?

Emmanuel Macron le 28 novembre à Ouagadougou LUDOVIC MARIN/AFP

A l’occasion de sa visite officielle au Burkina Faso, Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur de la restitution du « patrimoine africain en Afrique ». Pour l’avocat, Yves-Bernard Debie, cette décision risque d’être source d’inextricables conflits.A l’occasion de sa visite officielle au Burkina Faso, Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur de la restitution du « patrimoine africain en Afrique ». Pour l’avocat, Yves-Bernard Debie, cette décision risque d’être source d’inextricables conflits.Le passé entre la France et l’AfriqueSelon le site sott.net, le saviez-vous? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance ! 
Selon le site Lorsque Sékou Touré de Guinée décida en 1958 de sortir de l’empire colonial français, et opta alors pour l’indépendance du pays, l’élite coloniale française à Paris était s’est indignée, et dans un acte de fureur historique, demanda à son administration alors en place en Guinée de détruire, dans tout le pays, ce qui représentait, à leur yeux, les avantages de la colonisation française. 
Trois mille Français quittèrent le pays, en prenant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait être déplacé : les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique furent détruits, les voitures, les livres, les médicaments, les instruments de l’institut de recherche, les tracteurs ont été écrasés et sabotés ; les chevaux, les vaches dans les fermes ont été tués, et les nourritures entreposées furent brûlées ou empoisonnéeLe but de cet acte scandaleux était bien évidemment, d’envoyer un message clair à tous les autres colonies sur les conséquences du rejet de la France. 
Le fait est que peu à peu, la peur s’empara des Élites Africaines, et après ces événements aucun autre pays ne trouva jamais le courage de suivre l’exemple de Sékou Touré, dont le slogan était « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ». 
Pour les pays nouvellement indépendant il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, un petit pays d’Afrique de l’Ouest, trouva une solution susceptible de calmer les Français : 
Ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte colonisation proposé par De Gaule, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française. 
Ce furent les seules conditions de la France pour ne pas détruire le pays avant de partir. Toutefois, le montant estimé par la France était si grand que le remboursement de la soi-disant « dette coloniale » était proche de 40 % du budget du pays en 1963. 
Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA (franc des colonies françaises d’Afrique), et créa la monnaie du pays. 
Le 13 janvier 1963, trois jours après, qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante : Olympio fut exécuté par un ex Légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission. 
Le rêve d’Olympio était de construire un pays indépendant et autonome. Mais l’idée ne correspondait pas aux volontés françaises. 
Le 30 juin 1962, Modiba Keita, le premier président de la République du Mali, décida également de se retirer du système monétaire FCFA (imposé à 12 pays africains nouvellement indépendants). 
En effet, pour le président malien, qui se penchait plus vers une économie socialiste, il était clair que la colonisation qui perdurait avec ce pacte avec la France, devenait un piège, un fardeau pour le développement du pays. 
Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’un coup d’état menée par un autre ex légionnaire français des Affaires étrangères, le lieutenant Moussa Traoré. 
De fait, durant cette période turbulente où l’Afrique combattait à se libérer du joug de la colonisation européenne, la France usera à nombreuse reprises de mercenaire anciennement affiliés à la légion étrangère pour réaliser des opérations coup de poings contre les présidents nouvellement élus :• Au 1er janvier 1966, Jean- Bedel Bokassa, ex légionnaire français, portait un coup d’état contre David Dacko, le premier président de la République centrafricaine.• Le 3 janvier 1966, Maurice Yaméogo, le premier président de la République de Haute-Volta, aujourd’hui appelé Burkina Faso, a été victime d’un coup porté par Aboubacar Sangoulé Lamizana, un ex légionnaire français qui a combattu avec les troupes françaises en Indonésie et en Algérie contre ces pays l’indépendance.• Le 26 octobre 1972 Mathieu Kérékou qui était un garde de sécurité au président Hubert Maga, le premier président de la République du Bénin, a porté un coup d’état contre le président, après avoir fréquenté les écoles militaires françaises de 1968 à 1970.En fait , au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups état qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex- colonies françaises, ce qui signifie que 61 % des coups d’états en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises.Emmanuel Macron s’engage à restituer le patrimoine africainA l’occasion de sa première visite officielle en Afrique, Emmanuel Macron a exprimé le 28 novembre dernier, devant l’université de Ouagadougou, un point de vue qui tranche avec quatre siècles et demi de tradition juridique: «Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique».
Par ces quelques mots, le Président français vient de rompre avec un principe juridique français établi en 1566 par «l’édit de Moulins». Depuis cette époque, le domaine royal devenu domaine public, est inaliénable. Ce principe se voit encore renforcé par les règles d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. Il est interdit, sauf exceptions rares, au «Prince», qu’il soit roi ou Président de la République, de disposer de ce domaine par vente, donation ou cession sous quelque forme que ce soit.
Ainsi suivant le Code du patrimoine français: «les biens constituant les collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie de leur domaine public et sont, à ce titre, inaliénables».

Les promesses d’un discoursEmmanuel Macron a réussi son opération « de communication » africain, mardi 28 novembre, dans la capitale du Burkina Faso. Lors d’un discours qui se voulait fondateur, puis d’un échange inédit avec les étudiants de Ouagadougou, il l’a passé avec sa capacité éprouvée à bousculer les tabous, à forcer le dialogue et à tracer une vision, en l’occurrence celle du partenariat qu’il souhaite promouvoir entre Paris – et plus largement l’Europe – et l’Afrique.Le président français a pour lui la jeunesse. Il ne s’est pas privé d’en jouer pour adresser son message à la jeunesse africaine. « Nous sommes de la même génération, alors faites-moi confiance pour faire évoluer notre relation, pour défendre votre avenir », a-t-il lancé à un auditoire qui lui était tout sauf acquis. Et d’insister : « Je suis d’une génération de Français pour qui l’Afrique n’est ni un encombrant passé ni un voisin parmi d’autres », a-t-il déclaré, appelant à tourner la page de la colonisation, dont « les crimes sont incontestables », autant que les « grandes choses et les histoires heureuses ». En Il affirme qu’il « n’y a plus de politique africaine de la France ! » – en clair plus de « Françafrique » ni de relations incestueuses –, et adresse aux Africains un message de réciprocité : la France n’entend désormais ni donner des leçons à l’Afrique ni en recevoir. Pour preuve, il a prononcé des mots que le Burkina Faso, et par extension une large partie du continent, attendait depuis longtemps. 

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